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Emploi : entrepreneurs, salariés, chômeurs, ce qu’ils attendent d’Emmanuel Macron

CRAPS actu emploi

FAIT DU JOUR. Patron d’une grande entreprise ou d’une PME, salarié, autoentrepreneur, chômeur… nous leur avons demandé ce qu’ils attendaient du nouveau président de la République.

La bonne nouvelle est tombée juste après la nomination du gouvernement. Un cadeau à déguster sans modération pour l’exécutif : le chômage est passé sous la barre symbolique des 10 % au premier trimestre 2017, son plus faible taux depuis 2012. Pas question pour autant de profiter de cette embellie. Les Français attendent des résultats, rapidement. Nous leur avons demandé quelles étaient les mesures d’urgence pour favoriser l’entreprise en particulier, le travail en général. Car c’est bien la priorité absolue d’Emmanuel Macron.

 Le président l’a martelé pendant sa campagne : relancer l’économie passe par une simplification de la vie des entreprises, un allégement de leur fiscalité, une modification du code du travail aussi, dès cet été et à coups d’ordonnances. «Cela devrait aller vite et c’est tant mieux, se réjouit un proche du président, PDG d’une PME. Les entrepreneurs veulent des résultats rapidement.»

 Pas d’état de grâce post-élection pour le nouveau président

 Mais les salariés ? Ils attendent, parfois avec inquiétude, de connaître l’impact qu’aura dans leur entreprise ce nouveau Code du travail. Et ils ont, aussi, une liste à la Prévert d’attentes, d’espoirs et de craintes. Quid de la réforme de l’assurance chômage qui pourrait priver le demandeur d’emploi de ses allocations s’il refuse deux offres ? Et quid des plates-formes de l’économie collaborative qui ne permettent pas à certains de vivre décemment, des nombreux licenciements annoncés, qui pourraient ternir le début de quinquennat ?

 Entre le sous-traitant pour l’automobile GM & S, Whirlpool, Vivarte, Tati, William Saurin, Airbus, Accor-Hotels ou Nestlé, plus de 7 000 salariés sont aujourd’hui menacés. Déjà, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est emparé du dossier emploi. Vendredi, il était dans le Pas-de-Calais, au chevet de la verrerie Arc International, en redressement. «On sent que Macron veut rapidement des victoires, tacle un syndicaliste. Mais il a mis la droite à la tête de l’économie française, il n’y a même pas un ministère ou un secrétariat d’Etat à l’Industrie. C’est un signal important, qui ne me donne pas vraiment confiance…»

 Déjà la cote de confiance de Macron n’est pas au beau fixe. Tout juste 45 %, alors que François Hollande récoltait 61 % en 2012. Pas d’état de grâce post-élection pour le nouveau président.

 

… Stop à l’ubérisation sauvage

Jean-Philippe, chauffeur de VTC. Deux accidents de la route après s’être endormi au volant, épuisé par ses quinze à seize heures de travail quotidien et un surendettement d’environ 20 000 € de loyers, de taxes et d’emprunts impayés qui ne cesse de se creuser… Il y a six ans, quand Jean-Philippe* devient chauffeur de VTC, il y voit l’opportunité d’une reconversion pour devenir son patron après plusieurs années comme chauffeur au service de l’ambassade du Canada. Mais aujourd’hui, à 48 ans, il ne parvient plus à gagner suffisamment d’argent pour faire vivre sa femme et ses deux enfants. «Emmanuel Macron doit davantage réguler le secteur des VTC. Tous les chauffeurs sont pris à la gorge. Les prix imposés par les plates-formes nous conduisent à la ruine. Stop à l’ubérisation sauvage !»

 

En un an, coup sur coup, Uber a augmenté sa commission et a diminué le prix de la course. Les autres applications ont emboîté le pas. Résultat, les plus de 3 000 € par mois de salaire que Jean-Philippe se versait ont fondu pour atteindre 1 200 €. «Emmanuel Macron doit imposer un tarif minimal de prise en charge de 8 €, sinon, on ne s’en sortira pas.»

 

Autre demande au nouveau président souvent décrit comme un soutien à Uber par les professionnels du secteur, lors de son passage à Bercy : «Qu’il limite le nombre de chauffeurs de VTC. Nous sommes trop nombreux parce qu’il y a beaucoup de chauffeurs qui n’ont pas la qualification. Et excepté les Boers (NDLR : police des taxis), les policiers sont incapables de distinguer qui est autorisé à circuler et qui ne l’est pas.» Enfin, dernière supplique : «Une évolution du RSI (NDLR : le régime social des indépendants). C’est du racket, on n’en peut plus.» * Le prénom a été changé.

 

… J’attends la défiscalisation des heures supplémentaires

Thierry, salarié d’une entreprise de transports. C’est une PME d’une cinquantaine d’employés dans les Côtes-d’Armor, près de Dinan. Thierry, 47 ans, y travaille comme chauffeur routier. «Emmanuel Macron doit nous redonner du pouvoir d’achat, plaide ce père de famille. Aujourd’hui, j’ai juste de quoi économiser pour les vacances. Ce n’est quand même pas normal de ne pas pouvoir se faire plus qu’un petit restaurant de temps en temps.» Si Thierry a bien retenu la fin de la taxe d’habitation promise, il veut plus. «J’attends la défiscalisation des heures supplémentaires. Je travaille 60 heures par semaine. Si elles étaient défiscalisées, j’aurais vraiment de quoi mettre du beurre dans les épinards.»

 

Autre mesure espérée par ce père de quatre enfants : une lutte efficace contre les travailleurs détachés. «Dans mon secteur, on est en concurrence avec des salariés de l’Est qui n’ont pas les mêmes règles que nous. » Sur la réforme du Code du travail, qui prévoit notamment le plafonnement des indemnités prud’homales ou la possibilité de signer des accords majoritaires au niveau de l’entreprise, il dit «pourquoi pas ?».

 

«J’ai vu des entreprises se retrouver dans des situations compliquées après une décision des prud’hommes. Et chaque entreprise est différente. C’est ridicule de fixer une règle pour toutes. Mais il ne faudrait pas non plus, à l’inverse, que le nouveau code du travail désavantage les salariés. Oui à une réforme, mais avec un juste équilibre.»

 

… Injuste de suspendre les allocations après deux offres refusées

Sylvie, architecte d’intérieur au chômage depuis six mois. «J’ai honte d’être au chômage», confie sans détour Sylvie, 56 ans qui refuse d’être reconnaissable sur la photo. Architecte d’intérieur, elle a perdu son emploi il y a six mois, à la suite du dépôt de bilan de son employeur. «C’est quelque chose de dur à vivre, j’ai ce sentiment de culpabilité, d’exclusion et d’inutilité», avoue-t-elle avec pudeur. Depuis elle galère, d’autant plus qu’elle ne se sent pas vraiment épaulée par l’agence de Pôle emploi de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), où elle est inscrite. Elle a bien bénéficié d’une formation gratuite au maniement d’un logiciel de dessin, qui l’a d’ailleurs pleinement satisfaite. Mais elle a dû batailler pour l’obtenir. Et Sylvie de tacler l’incompétence de certains conseillers. C’est pourquoi, la promesse d’Emmanuel Macron d’instaurer un lien direct entre demandeurs d’emploi et prestataires de formations, elle la voit d’un bon oeil. Ce qui n’est pas le cas en revanche d’une de ses mesures phares.

 

«C’est franchement injuste de suspendre les allocations pour les chômeurs qui refuseraient deux offres d’emploi. Il a tort, dit-elle, d’un ton laconique. On m’a proposé un contrat de quinze mois au Qatar. Mais qu’est-ce que je fais de mes enfants et de mon mari ?» Son époux, justement, architecte indépendant, n’a droit à rien s’il se retrouve du jour au lendemain sans activité. Sylvie est donc favorable à l’élargissement des allocations chômage à tous les actifs promis par le nouveau président.

 

Prudente, elle refuse de trop espérer mais reste sur quelques bonnes impressions : «On n’attend pas de ce garçon qu’il fasse des miracles, mais j’ai le sentiment qu’il cherchera à rétablir une certaine justice.» Notamment sur le contrôle des chômeurs. «Certains s’en contentent (NDLR : des allocations). Je pense qu’il va lutter contre ceux qui profitent du système.»

 

… Les grands groupes paient moins d’impôt que les PME

Patron de PME, Jean-Pierre Gérault, cofondateur de Publishroom. Il est le cofondateur de Publish-room, une maison d’autoédition pour auteurs indépendants. Jean-Pierre Gérault, 60 ans, patron d’une PME de 9 salariés, par ailleurs président du Comité Richelieu, une association d’entreprises innovantes, attend du nouveau président « du pragmatisme et beaucoup de simplification ».

 

La réforme par ordonnances pour gagner du temps ? Il est pour. Et sa priorité serait de «réduire le nombre de seuils sociaux», qui fixent les obligations faites aux entreprises selon leurs effectifs : embauche de travailleurs handicapés à partir de 20 salariés, comité d’entreprise à compter de 50, etc.Deuxième urgence selon Jean-Pierre Gérault : «Ramener l’impôt sur les sociétés (IS) à 25 %, c’est-à-dire la moyenne européenne», pour booster la compétitivité des entreprises. La réforme serait également une mesure de justice fiscale, selon lui… «Les grands groupes paient moins d’IS que les PME car ils usent d’artifices qui leur permettent d’optimiser leurs impôts. Les géants du CAC 40 sont loin des 33 % d’IS, contrairement aux artisans et aux petits patrons… Une vraie distorsion de concurrence au sein même de l’Hexagone !»

 

D’autres idées ? Jean-Pierre Gérault peste : «Le plafonnement des indemnités prud’homales, la fusion automatique des instances représentatives, tous ces sujets occupent les médias… mais beaucoup moins les entreprises. J’attends surtout d’Emmanuel Macron qu’il impulse la vision d’un Etat devenu lui-même acteur du changement.» Et le petit patron de dégainer d’autres propositions. Exit ainsi le secrétariat d’Etat au Numérique, Jean-Pierre Gérault souhaite un authentique «ministère de l’Innovation» aux compétences élargies. Premier chantier pour le futur hôte des lieux : «L’harmonisation du crédit d’impôt recherche (CIR) et du crédit d’impôt innovation (CII)», le second étant aujourd’hui moins avantageux que le premier.

 

Autre inconvénient actuel, les produits innovants ne sont pas « éligibles » au Code des marchés publics. « Ennuyeux, déplore Jean-Pierre Gérault, car la première chose qu’on demande à une entreprise qui veut se lancer à l’export, c’est : Qui sont vos acheteurs en France ? Avec l’Etat comme client, beaucoup de PME innovantes pourraient développer leur chiffre d’affaires, leurs fonds propres et leur référencement afin d’aller vers l’international. »

 

… Il faut simplifier la vie des entreprises

Grand patron, Jean-Louis Chaussade, directeur général du groupe Suez. À la tête du numéro deux mondial de la gestion de l’eau et des déchets, Jean-Louis Chaussade, 66 ans, dirige depuis 2004 (et juillet 2008 en tant que DG) une multinationale de 82 500 personnes, dont 33 000 salariés qui travaillent en France. Le groupe Suez, filiale à 33 % d’Engie, pèse 15,3 MdsEUR de chiffre d’affaires dont 30 % réalisés à l’international. Mais le géant des services aux collectivités locales, qui recrute en moyenne 4 500 personnes par an en France, souffre du manque de rentabilité de ses activités dans l’Hexagone où il a annoncé, fin 2016, 600 suppressions de postes.

 

Qu’attendez-vous en priorité du nouveau gouvernement ?

Jean-Louis Chaussade. Il faut simplifier de la vie des Français et des entreprises ! Il y a en France 450 000 normes. Cet énorme chantier de simplification doit commencer par le marché du travail avec la mise en oeuvre de la flexisécurité, c’est-à-dire la possibilité pour les entreprises de recruter mais aussi de débaucher plus facilement. Cela doit s’accompagner pour les salariés par plus de sécurité lorsqu’ils se retrouvent au chômage. Dans un monde où les métiers évoluent, il faut qu’ils aient accès à plus de formation.

 

La flexisécurité signifie-t-elle la fin du CDI actuel ?

Le CDI est très bien. Le problème vient de la lourdeur des procédures pour se séparer d’un collaborateur en cas de difficultés économiques ou de variations d’activité. On va vivre une époque où il y aura beaucoup de créations mais aussi de disparitions d’entreprises. Si l’on réussit cette simplification du marché du travail, derrière il y aura des investissements, et donc une relance de l’emploi. C’est la clé de la réussite de ce quinquennat.

 

Remplacer comme le veut Macron le CICE par une baisse des charges des employeurs, est-ce une bonne idée ?

L’essentiel est de rétablir les marges des entreprises. Et le CICE était un moyen d’y parvenir, afin qu’elles puissent réinvestir et embaucher. Il faut revenir à des charges qui soient dans la moyenne européenne pour être compétitif. Si l’on veut attirer les investisseurs, il faut aussi revenir dans la moyenne européenne pour les impôts et taxes qui pèsent sur les bénéfices et les dividendes. Ça évitera que nos start-up comme nos grandes entreprises soient vendues à des fonds étrangers.

 

Comment accueillez-vous le couple exécutif formé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe ?

Je jugerai sur pièces. Mais je pense que le programme économique et social d’Emmanuel Macron va dans le bon sens. Pour moi, deux autres points seront essentiels : c’est l’Europe qui sera un moyen de sortir de nos difficultés par le haut et l’environnement. On en a peu parlé durant la campagne, mais la transition écologique est essentielle pour sauver la planète et créer des emplois. La France a dans ce domaine des groupes à la pointe comme Suez.

 

Source leparisien.fr

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